Accueil du site || La revue || Volume IV - Hiver 2009 || Flaubert et le philosophique : éthique et esthétique

Par le travail de l’intertextualité, perceptible dans les énoncés de sa correspondance, mais aussi par la forme critique – qui est encore une forme de pensée – Flaubert conserve un rapport au philosophique. Il est même au centre de son esthétique et de son éthique parce que la Vérité étant frappée d’immoralité lorsqu’elle a la forme d’un discours, il lui faut régler différemment le rapport de l’œuvre au cognitif.

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L’« idée du beau pur » (lettre à Louise Colet du 13 septembre 1846), libéré de toutes les tentations du discours, Flaubert cherche à l’atteindre par un travail qui repense le monde et ses représentations – qui délie/délit et relie/relit différemment, non – certes – pour produire un nouveau système interprétatif, mais pour faire de cette dynamique à deux temps la raison interne de l’œuvre, sa pensivité. Il ne faut donc pas chercher à faire avouer au texte flaubertien un refoulé philosophique. Mais il serait aussi périlleux de considérer son œuvre comme une architecture du vide construite grâce à une entreprise de désertification intellectuelle et dans le seul but de magnifier la Forme, nouvelle idole vaine d’un culte sans sujet. Flaubert opère en fait un dépassement (par un art qui parle, selon son terme) dont les moyens sont empruntés aux philosophies elles-mêmes sans que cela suppose une complète adhésion à aucune d’elles, malgré cette réputation de spinozisme qu’on lui a souvent faite. Dans ce dernier cas, Flaubert n’adopte pas la philosophie en elle-même, l’ensemble de ses articulations qui constituent un système cohérent , [19] mais il prélève un modèle d’intelligibilité (l’unité fondée à la fois sur l’immanence et sur un mode d’articulation qui relève de l’expression) qu’il déplace vers un autre domaine, celui de la littérature, en procédant à toutes les adaptations et transformations nécessaires (par le recours à d’autres philosophies – à Hegel et Platon même dans le cas de l’Idée [20] –, par une condensation de philosophèmes).

ps:

Gisèle SÉGINGER, LISAA EA 4120, Université Paris-Est

http://www. univ-mlv.fr/lisaa

ISSN 1913-536X ÉPISTÉMOCRITIQUE (Hiver 2009)

notes:

[19] La philosophie de Spinoza fait de la connaissance de Dieu l’objectif de l’homme car ainsi peut-il développer pleinement sa force rationnelle. Flaubert n’a jamais suivi Spinoza dans cette direction.

[20] Sur ce point voir Jacques Derrida, « Une Idée de Flaubert. La lettre de Platon », Confrontation. Correspondances, Cahiers 12, Aubier, 1984, p. 155-170).

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