Accueil du site || La revue || Volume IV - Hiver 2009 || De Tardieu à Lordat : palimpsestes de la paraphasie

« Un mot pour un autre » est certainement l’un des textes les plus connus de Tardieu. On oublie le plus souvent qu’il s’inscrit dans un ensemble plus large, les Carnets du professeur Froeppel, dans lesquels cette pièce qui joue avec le langage devient le symptôme d’une déviance pathologique. Ne faut-il voir qu’une coïncidence dans le fait qu’un trouble du langage, nommé paraphasie par les spécialistes, corresponde exactement à la maladie décrite dans la pièce de Tardieu ? Il semblerait, au contraire, que cette dernière mobilise silencieusement toute une culture médicale, tissant des liens avec certains textes oubliés de la psychiatrie du XIXe siècle.

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Poésie et troubles du langage

Depuis le début des années vingt, les troubles du langage ont offert un matériau particulièrement séduisant aux poètes d’avant-garde soucieux renouveler la langue, qu’aucune expérience n’effraie. Troubles de la syntaxe, du vocabulaire, néologismes et glossolalies ont ainsi fait le bonheur de Vitrac ou de Queneau [1] qui se sont plus à faire l’éloge des écrits d’aliénés. Un pas a été franchi en 1930 avec la publication, dans L’Immaculée Conception de Breton et d’Éluard [2] , de simulations de discours de malades mentaux qui empruntaient leurs caractères stylistiques aux langages pathologiques en respectant la nosographie psychiatrique. Les textes ressemblaient à ceux produits par écriture automatique, mais ils étaient écrits dans un langage globalement désagrégé reproduisant les procédés identifiés par les psychiatres dès le XIXe siècle.

ps:

Anouck Cape

ISSN 1913-536X ÉPISTÉMOCRITIQUE (Hiver 2009)

notes:

[1] Roger Vitrac, « Le langage à part », Transition n°18,Paris, novembre 1929, Raymond Queneau, « Words from the unconscious, collected by Raymond Queneau », Transition n°21,Paris, mars 1932 ; voir Anouck Cape, Ecrivains et fous au temps des avant-gardes, thèse de doctorat, Littérature et civilisation françaises, Nanterre, 2007.

[2] André Breton et Paul Éluard, L’Immaculée Conception, Editions surréalistes, Paris, 1930, André Breton, Œuvres Complètes, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, édition établie par Marguerite Bonnet, T.I, Paris, 1987.

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