
Thèse de doctorat - Position
Le 9 janvier 2008
Enfin la cinquième partie examine le motif de la conquête de l’air. Tout en constatant que l’aéroplane symbolise la conversion à l’écriture, notre regard s’attarde sur la représentation des bombardements aériens de Paris dans Le Temps retrouvé, en se référant à la « culture de guerre » de 14-18 (l’ensemble de représentations collectives qui a servi de cadre au « consentement patriotique »). Convoquant divers genres de textes et d’auteurs (Romain Rolland, Cocteau, Barrès, Saint-Saëns, Jacques-Émile Blanche, etc.), on montre comment l’image de l’aviation oscille entre le mythique et l’historique, l’intemporel et le national, l’ascension et la descente, l’héroïsme et la profanation, non sans être associé à l’homosexualité, cette fois masculine. Wagner se révèle une référence constante. On pourrait croire que le téléphone occupe une place à part dans la thématique des inventions modernes que nous étudions : même si l’on veut le considérer comme un moyen de « transport » comme les autres, son objet relève de l’éphémère et de l’intangible (la voix), son usager n’a devant lui que l’appareil inanimé, son principal mécanisme en action reste invisible et impalpable (le réseau). C’est une technique de l’absence et de l’immatériel. Ainsi serait-il plus naturel de le distinguer de ces véhicules du matériel et de la présence, eux-même mobiles (la bicyclette, l’automobile et l’avion), souvent associées à l’animalité fabuleuse. Mais la communication immatérielle n’en contribue pas moins au même imaginaire romanesque de l’ubiquité que la mobilité matérielle. La Recherche peut être lue à la fois comme un éloge et comme une critique de l’ubiquité ambivalente.