
Thèse de doctorat - Position
Le 9 janvier 2008
Consacrée au téléphone, la deuxième partie évoque d’abord une « pathologie sociale » de la nouveauté technique, puis l’incidence de cette invention sur l’imaginaire (fantasme de visualisation à distance dans les romans d’anticipation ou les cartes postales) et sur la pensée métaphorique relative à la communication (transmission de l’inconscient chez Freud, conversation et lecture), avant d’aborder la question du jeu avec les clichés (sur les opératrices comparées à des divinités ou médiums) et du dialogue paradoxal dans le célèbre épisode de Doncières (en regard du théâtre vaudevillesque ou de D’Annunzio) : la mise en scène romanesque, allusive et ambiguë, inséparable du discours social de l’époque ainsi que de l’imaginaire individuel du romancier, résiste à la réduction allégorique (selon laquelle tout le passage sur le téléphone symboliserait la création littéraire). La troisième partie s’intéresse en particulier au portrait d’Albertine à vélo. Explorant plusieurs « romans cyclistes » de la fin du XIXe siècle (Zola, Leblanc, Rosny) et rappelant la polémique sur le costume des femmes à bicyclette, on met en évidence une poétique de la vitesse et une mythologie aérienne du deux-roues (qu’illustrent les affiches publicitaires), non sans revenir sur la question de l’ambiguïté sexuelle de l’héroïne. Dans la quatrième partie, l’automobile n’est pas considérée seulement comme un dispositif optique, porteur d’une nouvelle phénoménologie de la perception esthétique, attentive au paysage en mouvement (Sara Danius a souligné ce point), mais aussi comme un moyen de stratégie symbolique : il s’agit de retracer la divergence des écrivains sur la valeur littéraire de ce véhicule (Mirbeau, Gourmont, Gide, Marinetti). Chez Proust, cet emblème de l’époque de la vitesse est détourné au service d’une critique du déterminisme progressiste et d’une définition autoréférentielle de l’œuvre d’art comme réseau.