
Thèse de doctorat - Position
Le 9 janvier 2008
Ainsi notre méthode pourrait-elle se définir comme une histoire rapprochée et multiple de la littérature. Rapprochée (l’épithète est emprunté au Détail, de Daniel Arasse) au sens où elle s’attache au détail de l’œuvre. Multiple parce que mobilisant plusieurs cadres historiques et les documents afférents : histoire d’une vie personnelle (lettres privées), histoire d’une écriture individuelle (textes destinés à publication), histoire d’un milieu littéraire (œuvres contemporaines d’autres écrivains), histoire d’une culture (actualité journalistique, mode iconographique). La première partie analyse brièvement l’usage des notions de « progrès », « modernisme » et « modernité » dans la Recherche. Il nous a paru indispensable de rappeler d’abord la position critique de Proust, en particulier à l’égard de l’application de ces mots au domaine de l’art. Examinant aussi la place qu’il accorde à l’« esthétique de la vie moderne », que semble incarner le peintre Elstir à Balbec, on constate que dans la logique du roman, ce n’est pas une valeur en soi que d’être moderne. Le thème du progrès technique trouve son intérêt majeur dans le refus d’idolâtrie, que ce soit pour l’actualité ou l’antiquité ; il s’agit plutôt de provoquer le choc intempestif, bouleversant la conception linéaire de l’histoire. Quatre études monographiques, suivant l’ordre chronologique, tentent ensuite de répondre à une série de questions, formelles et historiques, esthétiques et idéologiques, pour montrer comment Proust se distingue de ses contemporains, en quoi sa vision du monde moderne est singulière. Quelles représentations propose-t-il du téléphone, de la bicyclette, de l’automobile et de l’aéroplane ? Quelles sont, à son époque, les enjeux poétiques et polémiques de chaque invention ? Quelles images romanesques construit-il de nouvelles mœurs (expériences ou spectacles), de nouveaux personnages (professionnels ou amateurs) et d’une nouvelle subjectivité (en mouvement ou en communication) ? Avec et contre quels discours s’élabore son roman (sur le plan lexical et rhétorique) ?