Accueil du site || Annonces || Soutenances de thèse || Les inventions techniques dans l’œuvre de Marcel Proust

Cet effort archéologique nous permet, en premier lieu, d’éclaircir quelques points obscurs des textes de Proust, où il fait allusion à un topos, à une habitude, à une expression courante de l’époque. Il ne s’agit pas d’une critique des sources au sens habituel du terme, mais d’une chasse aux allusions qui s’applique aussi bien à l’intertextualité littéraire (canonique) que journalistique (triviale), car, comme l’écrit Antoine Compagnon, « [l]’allusion offre le moyen de réconcilier philologie et poétique, passion du texte et souci du contexte, afin de rendre compte de toutes les virtualités de signification de la littérature. » La reconstitution archéologique a un autre mérite, qui est celui de mettre en évidence diverses façons de traiter le même sujet (plus ou moins à la mode comme les nouveautés techniques) à une époque donnée, et ainsi de mieux apprécier le choix de Proust, ce qu’il a fait, au miroir de ce qu’il aurait pu faire (puisque d’autres l’ont fait) mais qu’il n’a pas fait. Perspective hypothétique et relationnelle, inaccessible au lecteur du seul texte. Nous convoquons des œuvres contemporaines que Proust ne connaissait apparemment pas, si elles permettent d’esquisser le « champ des possibles » (comme dirait Bourdieu), répertoire virtuel de discours narratifs ou dramatiques, descriptifs ou poétiques, idéologiques ou politiques. Certaines absences sont significatives. La singularité historique de Proust, si singularité il y a, ne peut se concevoir que dans ce champ des discours possibles, bien qu’ils ne soient pas toujours manifestement intégrés dans son œuvre. À la recherche de fragments de discours sur les inventions modernes, nous embrassons tous les textes de Proust, de la correspondance au grand roman, en passant par les écrits divers repris dans les deux volumes de la Pléiade (Les Plaisirs et les Jours, Jean Santeuil, Contre Sainte-Beuve, Pastiches et mélanges, Essais et articles), y compris les travaux sur Ruskin — d’ailleurs connu pour son refus de l’industrie moderne —, puisque la reconstitution archéologique du « milieu des discours étrangers » doit se compléter par l’histoire de l’œuvre individuelle et de la vie de l’auteur. Et l’étude des manuscrits, quoique partielle, s’appuyant sur les brouillons transcrits et publiés par les spécialistes, nous permet de retracer une partie de l’évolution de ces motifs dans la genèse de la Recherche, d’élargir et d’explorer le champ des possibles à l’intérieur même du projet littéraire de Proust.

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