Accueil du site || Annonces || Soutenances de thèse || Les inventions techniques dans l’œuvre de Marcel Proust

Il n’est pas question de limiter le corpus à la Recherche et d’y chercher « l’expression directe et spontanée de l’individualité de l’auteur » à l’égard des inventions modernes ; mais d’explorer le « milieu mouvant, souvent difficile à pénétrer, des discours étrangers sur le même objet, ayant le même thème », car « [c]’est dans son interaction vivante avec ce milieu spécifique que le discours peut s’individualiser et s’élaborer stylistiquement ». Bakhtine notait aussi, toujours dans « Du discours romanesque », que c’est grâce au dialogue avec les mots d’autrui que chaque discours construit l’image de son objet, « [s]e constituant dans l’atmosphère du “déjà dit” ». Ou encore : « La politique intérieure du style (concomitance des éléments) est infléchie par sa politique extérieure (relation au discours d’autrui). » Si le pastiche littéraire de Proust a fait l’objet d’une série d’études importantes (Jean Milly, Annick Bouillaguet), peu de chercheurs ont adopté et approfondi ce point de vue dialogique, qui exige à la fois enquête archéologique et analyse intertextuelle, pour étudier la représentation des nouveautés techniques chez Proust. Celle-ci a souvent été directement mise en rapport avec le dogme esthétique du Temps retrouvé, sans être replacée dans ce « milieu des discours étrangers », alors même que — rappelons le manifeste du futurisme — les inventions modernes sont parfois exploitées dans les stratégies symboliques des écrivains du dernier tournant des siècles, présentant des enjeux esthétiques et idéologiques non négligeables.

Avec la question de la méthode, se précise celle du corpus. Pour resituer l’œuvre de Proust dans ce « milieu des discours étrangers » de son époque, il faut disposer d’un ensemble de représentations collectives qui se sont forgées autour de chaque nouveauté, et multiplier des points de comparaison concrète et datée, littéraire ou journalistique, poétique ou polémique. Loin de prétendre effectuer le dépouillement exhaustif d’archives — difficilement envisageable si l’on s’attache à une analyse détaillée de textes littéraires —, il nous a paru légitime et suffisamment efficace de procéder par coups de sonde, en partant des travaux d’historiens de la culture et de la littérature et en les prolongeant, pour tenter de retrouver quelques échantillons pertinents et significatifs : textes polémiques (manifestes), chroniques ou « enquêtes » parues dans les périodiques, mais aussi documents iconographiques (affiches publicitaires ou cartes postales), et bien sûr des textes de fiction, plus ou moins oubliés.

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