
Thèse de doctorat - Position
Le 9 janvier 2008
C’est ce jeu littéraire avec les représentations contemporaines qui attire notre attention. Notre optique diffère donc du « point de vue de l’histoire » que Proust condamnait chez Sainte-Beuve ou Jacques-Émile Blanche, alléguant que ce point de vue-ci faisait attribuer « trop d’importance à l’époque, aux modèles ». Il s’agit plutôt d’envisager l’ambivalente modernité de son style sous l’angle de la représentation du monde moderne. Le terme, « représentation du monde », n’est pas étranger à la définition proustienne du style : tandis que « le style est pour l’écrivain [...] une question non de technique mais de vision » (Le Temps retrouvé), la « révolution de vision » réalisée par Flaubert dans la littérature comme dans la philosophie par Kant n’est autre que celle de « représentation du monde » (« À ajouter à Flaubert »). Quête d’un style, c’est-à-dire d’un mode original de représentation du monde, la Recherche apparaît comme une improbable « mémoire du présent » qui intègre des événements imprévus de la vie et de la société (tout particulièrement la Première Guerre mondiale) ; pour transposer une expression de Jean-Yves Tadié, elle s’est ainsi élaborée avec et contre l’Histoire et le Temps, avec et contre les représentations collectives de son temps. La théorie de Mikhaïl Bakhtine, qui considère le « style du roman » comme essentiellement « dialogique », offre une autre façon de formuler l’introduction de l’histoire culturelle au cœur même du texte littéraire, permettant ainsi de mieux définir notre position théorique et méthodologique.