Accueil du site || Annonces || Soutenances de thèse || Les inventions techniques dans l’œuvre de Marcel Proust

Notre travail s’inscrit dans cet air du temps par son sujet, mais se différencie de ces prédécesseurs par sa problématique, sa méthode, son corpus et ses réflexions théoriques : d’abord, il se veut historique, privilégiant l’élucidation archéologique de détails de l’œuvre dans son contexte d’origine, pour éviter le risque de lectures anachroniques. Au lieu de chercher à dégager une pensée de la technique chez Proust, qui aurait peut-être anticipé certaines théories contemporaines, il s’agit d’analyser et de décrire ce qu’il fait en tant qu’inventeur d’un style romanesque singulier. Privilégiant moins la spéculation philosophique que l’enquête archéologique, notre approche se justifie mieux en invoquant le retour d’un regard historique dans la recherche en littérature. Regard nouveau qu’on appelle l’histoire culturelle, conçue comme l’histoire sociale des « représentations ». Roger Chartier l’a souligné dans son célèbre article de 1989 (« Le monde comme représentation ») : le mot, polysémique, peut désigner les formes mentales ou matérielles, cognitives ou pragmatiques, théâtrales ou politiques de notre relation au monde, à l’autre et à soi, corrélatives aux pratiques sociales qui les instituent. La culture peut être dès lors décrite comme un champ dynamique de « représentations » collectives où se forment et se rencontrent des « stratégies symboliques » diverses, des discours plus ou moins constants, consensuels ou contradictoires. Quant aux études proustiennes, Antoine Compagnon a très tôt fait recours à l’histoire des représentations. Inspiré par son livre (contemporain de l’article cité de Roger Chartier), Proust entre deux siècles, nous mettons en œuvre deux approches, l’une relative à l’œuvre individuelle, l’autre attentive aux lieux communs. Il ne s’agit pas de citer les textes littéraires comme des documents, témoignages ou indices de l’imaginaire collectif ; la singularité de chaque œuvre, — de chaque énonciation qui a son propre contexte historique (cohérent ou discordant, évoluant avec le projet personnel de l’écrivain) —, risquerait de s’estomper au profit de cet imaginaire. Notre propos est d’approfondir la compréhension de la Recherche à l’aide de l’histoire culturelle, en considérant le roman de Proust comme potentiellement collectif. Car il présuppose un ensemble de représentations ordinaires qu’il peut s’assimiler mais aussi relativiser à travers un jeu multiple de distances : adopter, exposer, rejeter, célébrer, dénoncer, démonter, combiner, transformer.

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