
Thèse de doctorat - Position
Le 9 janvier 2008
C’est cette relation complexe avec la modernité que nous essayons d’explorer à partir des quatre nouveautés techniques déjà nommées, toutes mises au point durant la vie du romancier : le téléphone, la bicyclette, l’automobile et l’avion. Bien qu’ils aient été assez tôt enregistrés dans l’inventaire des thèmes ou des images (par Raoul Celly, dès 1935, puis par Victor E. Graham, en 1966) ces motifs mécaniques — matériels sinon matérialistes, en tout cas apparemment étrangers à la doctrine esthétique déclarée dans Le Temps retrouvé —, ont longtemps intéressé peu de critiques. Hormis Roger Kempf qui, en 1971, a donné un premier aperçu des « véhicules » chez Proust, le mérite revient à Eugène Nicole et à Italo Calvino (Leçons américaines) d’avoir souligné, au milieu des années 1980, l’importance du « champ technologique » comme un « ensemble paradigmatique » intégré dans la logique interne, narrative et idéologique, du roman de Proust. Malgré quelques articles monographiques consacrés à l’un de ces motifs, le véritable gain d’intérêt pour ce « champ technologique » de la Recherche en tant que tel ne s’est confirmé que dans les quinze dernières années, avec la contribution de divers chercheurs (notamment William C. Carter, Koji Abe, Luc Fraisse, Pierre-Louis Rey), sans oublier deux thèses publiées pendant la préparation de la nôtre, l’une française (Marie-Agnès Barathieu) et l’autre américaine (Sara Danius), ainsi que le Dictionnaire Marcel Proust (dirigé par Annick Bouillaguet et Brian G. Rogers) présentant une synthèse utile pour chacune des inventions qui nous intéressent.