
Thèse de doctorat - Position
Le 9 janvier 2008
Notre problématique justifie le choix des quatre inventions strictement contemporaines de la vie du romancier et qui ont une présence relativement importante dans son œuvre. On peut ainsi observer, dans chaque cas, la genèse parallèle de l’objet technique et du discours social à l’époque de Proust, à l’époque qu’il a vécue et décrite dans son roman. Servant de repères chronologiques dans la Recherche, les nouveautés techniques contribuent au projet proustien de faire revivre l’impression du Temps, passant toujours du premier moment d’émerveillement (sauf le vélo, puisque le narrateur n’est pas cycliste) à l’inévitable banalisation (sauf l’avion, dernier venu). Notre argument acquiert ainsi une unité thématique et chronologique. On ne s’intéresse aux inventions précédentes — notamment le chemin de fer et la photographie, relativement mieux étudiés en raison de leur visibilité supérieure dans le roman mais aussi dans les études littéraires — que lorsque Proust les met en rapport avec l’une des quatre qui nous concernent. En revanche, une brève conclusion suggère une suite possible de notre enquête, en particulier autour du cinématographe, qui pourrait apparaître non seulement comme l’objet de la représentation littéraire, mais comme son rival potentiel. Que reste-t-il de la littérature, si elle subit l’influence des innovations technologiques ? Question banale et inéluctable, que le média audiovisuel ne cesse de poser aux amateurs de littérature. Avec une attention constante à la spécificité de la représentation littéraire, du style complexe et irréductible du roman, notre travail aura tenté de répondre à cette question, en révélant quelques facettes insoupçonnées de la Recherche du temps perdu à la fois comme travail singulier sur la langue et comme jeu formidable avec l’Histoire.