
Thèse de doctorat - Position
Le 9 janvier 2008
Vendredi 11 janvier 2008 Paris IV Soutenance de thèse Hiroya Sakamoto
Marcel Proust n’est pas un romancier passéiste, nostalgique de l’enfance peu industrialisée à Combray, ou de la mode fin de siècle incarnée par Mme Swann en promenade dans l’allée des Acacias. Loin de rejeter les inventions modernes qui ont façonné la culture et la société du XXe siècle, il les met en valeur tour à tour : la bicyclette comme attribut d’Albertine à Balbec, le téléphone transmettant la voix douce et fêlée de la grand-mère à Doncières, l’automobile capable de modifier la figure du pays en succédant au chemin de fer, l’aéroplane admiré près de La Raspelière, à Versailles, redouté à Paris pendant la guerre de 14-18, pour n’en citer que les apparitions les plus remarquables. On peut être tenté de prendre le contre-pied du cliché passéiste et de voir là un aspect « futuriste » de la Recherche. Proust passéiste ou futuriste ? Alternative évidemment simpliste et réductrice, car, s’il manifeste sa curiosité pour les nouveautés techniques et enrichit son roman de ses propres expériences — le « téléphonage » avec sa mère à Fontainebleau en 1896, le voyage en Normandie dans le taxi conduit par Agostinelli en 1907, etc. —, il n’est pas dupe des illusions du progrès. La vérité réside dans cette ambivalence caractéristique des « antimodernes » (au sens des modernes critiques du moderne) : son roman relève de cette « littérature non traditionnelle mais proprement moderne car antimoderne, littérature dont la résistance idéologique est inséparable de son audace littéraire » (Antoine Compagnon).